Lettre à ma mère

« tu ne reussiras jamais dans ta vie »
« tu ne te marieras jamais »
« quel est même l’homme qui pourra épouser une fainéante comme toi »
« comme tu es bête là, les hommes vont seulement t’utiliser et t’abandonner »
« comment j’ai même fais pour accoucher une chose pareille ? »
« hum ! Tu as les grosses cuisses hein ! C’est quoi çà »

Voilà autant de phrases que toi maman, ma mère, celle qui m’a mise au monde, celle qui est sensée m’aimer, me protéger et m’elever. Voilà ce que toi ma mère tu m’as répété tout au long de ma vie.

Alors oui je t’écris cette lettre. Je t’écris cette lettre parce que je sais pertinemment que tu ne me donneras jamais l’occasion de te le dire en face. Et je sais très bien aussi que tu ne la liras jamais parce que si tu la lisais ça ne ferai que creuser le fossé entre nous. Parce que tu n’y retiendrais que le négatif. Comme tu l’as toujours fait.


Loin de moi l’intention de te clouer au pilori. Mais j’ai 34 ans maman. 34 ans et je ne sais toujours pas comment faire pour être heureuse.
Tous ces mots que tu m’as répété sans cesse sonnent presque comme des malédictions. Qui pourrait en dire le contraire vu ma situation actuelle.
Je sais que tu as fais de ton mieux maman. Je le sais. Tu n’as pas eu une enfance facile. Tu n’as pas reçu beaucoup d’amour alors c’est normal que tu ne saches pas en donner. Sauf que tu reproduis sur moi ce que tu as vécu et je ne veux pas faire la même chose avec ma fille. Si c’est un cycle infernal alors il faut qu’il s’arrête chez moi. Je refuse de faire vivre à ma fille ce que tu m’as fais vivre.
Alors je t’écris cette lettre. Désolée mais j’essaie de combattre mes démons avec les moyens que j’ai.
Tous ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas de mémoire. Avec le temps j’ai fini par comprendre que cette mauvaise mémoire est tout ce que mon corps a trouvé pour me permettre d’aller de l’avant tant bien que mal. Je crois avoir oublié, mais c’est faut. Tout ça est stoqué là quelque part dans mon inconscient. Tout ça est là et s’insinue dans ma vie, sans que je ne m’en rende compte. Dans chacune de mes relations, comme un poison. « quel homme pourra t’aimer ? ». Cette phrase est ancrée en moi. Et même si je l’ai oubliée, elle elle ne m’a pas oubliée.


J’aurais pu aller voir un marabout, ou un Pasteur, avec un peu de chance il m’aurait dit que ma mère m’a bloqué avec un cadenas qu’elle a enterré sous un manguier au village…. Mais la vérité est bien plus simple. Ce cadenas est enterré en moi et je dois le déterrer.


Je t’aime maman. Dieu m’en est témoin. Je sais que tu m’aimes aussi. Tu n’as juste pas reçu les bons codes pour me le montrer. Même si tu n’as jamais su qui je suis en réalité.
Laisses moi te dire qui je suis maman.


Je suis une femme forte. Oui très forte. De toutes les femmes que je connaisse je suis sans aucun doute l’une des plus fortes. Tu devrais être fière de moi pour ça.


Je réussi absolument tout ce que j’entreprends. Quand j’y met mon cœur et mon âme, l’échec n’existe plus. Ça je sais que tu le sais.
Je suis une belle femme. Et oui, j’ai de grosses cuisses. Grâce à toi je m’en suis très vite rendu compte et ça m’ à très vite complexé. Mais au fond je les adore mes cuisses. D’ailleurs si je devais me manger, je commencerais certainement par cette partie. Et soit dit en passant, aucun homme avec qui j’ai couché n’a jamais eu à s’en plaindre. Bien au contraire…


Je suis intelligente et brillante. Oui je ne fais pas le boulot que tu aurais voulu pour moi, on s’est longtemps clashé là dessus. Oui je fais « la couture » et comme tu me l’as si souvent dit « je suis trop intelligente pour çà ». Mais c’est faux maman, je suis juste suffisamment intelligente pour ça. Ce travail me rend heureuse et me comble, à lui tout seul il m’apporte beaucoup plus que je n’ai eu dans toute ma vie. Je parle de joie, pas d’argent.


J’ai tout pour être heureuse maman. Je dois me débarrasser de ces poids. Ces derniers jours, j’ai vraiment eu l’impression d’être prisonnière de ma propre vie. Je dois me libérer.

« tu ne reussiras jamais dans ta vie. »
J’ai déjà réussi. Je fais le travail de mes rêves, j’arrive à en vivre et à élever 2 magnifiques enfants. Sans l’aide de personne. Oui j’ai réussi.


« comme tu es bête là, les hommes vont seulement t’utiliser et t’abandonner »
Mes choix m’appartiennent maman. Les hommes ne sont pas tous des démons. Il ya des hommes bien, respectueux et aimants. Je ne suis pas pressée. Je trouverai le mien.


« tu ne te marieras jamais »
Ce n’est pas grave maman. Le mariage n’est qu’un élément de la vie. Qui a tout dans la vie ? Pas beaucoup de personnes. Mais beaucoup sont heureux quand même. Alors oui, je ne vais peut-être jamais me marier comme tu dis, mais tu peux me croire, cela ne m’empêchera pas d’être heureuse.


« comment j’ai même fais pour accoucher une chose pareille? »
Maman, là je ne peux pas t’aider. C’est toi seule qui sait comment tu as fais. Mais tu devrais être fière de cette « chose ». Beaucoup d’autres mères reveraient d’avoir la même « chose ». Et aussi maman,tout ne tourne pas autour de l’argent. Oui c’est vrai l’argent est important pour la liberté que ça procure. Mais l’argent ne doit absolument pas conditionner tes rapports avec les gens et encore moins tes enfants.


« hum ! Tu as les grosses cuisses hein! C’est quoi çà ? »
Oui maman, j’ai de grosse cuisses. Honnêtement si j’avais pu choisir, j’aurai voulu les tiennes. Tu as les plus belles jambes que je connaisse. Et j’aurais vraiment voulu te ressembler un peu plus physiquement parce que tu es vraiment une très belle femme. Malheureusement, je n’ai pas de moule et je n’ai pas la décision. J’ai 34 ans, 2 enfants et je ne me suis jamais trouvée aussi belle.

Il fallait que je vide mon sac maman.
Le but n’est pas de te heurter.
Je t’aime. Je sais que tu m’aimes. C’est la seule chose à retenir.

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